CHRONIQUE 7
Au fil de l’Essonne, rivière d’un département


Discrète mais essentielle, la rivière Essonne a donné son nom au département créé par la loi du 10 juillet 1964 et officiellement mis en place en 1968. Née dans le Loiret, aux confins de la Beauce et du Gâtinais, elle prend forme près de La Neuville-sur-Essonne par la réunion de deux cours d’eau : l’Œuf et la Rimarde.
Son affluent principal est la Juine, longue de 52 kilomètres qui prend également sa source dans le Loiret pour venir la rejoindre à la limite des territoires d’Itteville et de Vert-le-Petit. D’autres rus bien plus modestes (dont la Velvette ou encore le Ru de Boigny) la rejoigne également….
Longue d’environ 101 kilomètres, elle remonte vers le nord, traverse vallées, marais, villages, anciennes terres agricoles et industrielles, avant de rejoindre la Seine à Corbeil-Essonnes. Son nom ancien, Exona, serait d’origine très ancienne, probablement pré-latine ou gauloise, lié à l’idée d’eau ou de cours d’eau. Bien avant les départements modernes, l’Essonne façonnait déjà le paysage et l’identité du sud francilien.
Le choix de son nom pour désigner le 91ᵉ département français s’est imposé par sa simplicité, son élégance et sa force symbolique : une rivière traversant le territoire du sud vers le nord, entre monde rural, vallées historiques et espaces urbains.
L’Essonne a longtemps été une rivière de travail. Ses eaux ont fait tourner moulins et papeteries, irrigué les cultures, alimenté cressonnières, ateliers et usines, notamment dans l’ancienne commune d’Essonnes. Celle-ci, ville d’eau, de bras de rivière, de roues et d’activités industrielles, fusionna en 1951 avec Corbeil pour former Corbeil-Essonnes.
Dans le département, la rivière arrose notamment Buno-Bonnevaux, Prunay-sur-Essonne, Gironville-sur-Essonne, Maisse, Boutigny-sur-Essonne, Vayres-sur-Essonne, Guigneville-sur-Essonne, D’Huison-Longueville, La Ferté-Alais, Baulne, Itteville, Ballancourt-sur-Essonne, Vert-le-Petit, Vert-le-Grand, Fontenay-le-Vicomte, Mennecy, Ormoy, Villabé et Corbeil-Essonnes.
Du sud rural et boisé, autour de Maisse et Boutigny-sur-Essonne, jusqu’au visage plus urbain et industriel de Corbeil-Essonnes, la rivière relie plusieurs paysages et plusieurs histoires. Vers La Ferté-Alais et Ballancourt-sur-Essonne, elle devient aussi un axe ancien de circulation, d’activités et de peuplement.
Aujourd’hui, l’Essonne est devenue une rivière de promenade et de mémoire. Ses bras tranquilles, ses peupliers, ses lavoirs, ses marais et ses zones humides conservent une part précieuse de l’ancienne campagne francilienne. Malgré l’urbanisation, hérons, pêcheurs et promeneurs y trouvent encore refuge.
Paisible en apparence, l’Essonne peut aussi se montrer capricieuse. Rivière de plaine, elle ne connaît pas les crues brutales des torrents de montagne, mais des montées d’eau lentes, progressives, parfois durant plusieurs jours.
Ces crues sont liées aux fortes pluies, à la saturation des sols, au gonflement des nappes de Beauce et aux apports de ses affluents. Autrefois, les habitants surveillaient attentivement le niveau de l’eau : les moulins ralentissaient, les prés disparaissaient, les chemins devenaient impraticables.
Les communes les plus exposées sont notamment Maisse, La Ferté-Alais, Ballancourt-sur-Essonne, Mennecy et Corbeil-Essonnes, surtout dans les secteurs bas, les anciens marécages et les quartiers construits trop près du lit de la rivière.
Les archives locales gardent la mémoire de nombreuses inondations : crues du XIXᵉ siècle, épisode de 1910 lors des grandes inondations franciliennes, crues des années 1950 et 1980, puis les fortes inondations de 2016. Cette année-là, caves, commerces, routes et habitations furent touchés dans plusieurs communes de la vallée, notamment à Corbeil-Essonnes et dans sa périphérie immédiate.
Pendant longtemps, la vallée pouvait absorber ces débordements grâce à ses prairies humides, ses marais, ses champs inondables et ses bras secondaires. Depuis, l’urbanisation du XXᵉ siècle a progressivement réduit ces espaces : construction de routes, parkings, lotissements, zones d’activités, rectification de certains cours d’eau, artificialisation des sols. Résultat : l’eau s’infiltre moins et les crues deviennent plus rapides et parfois plus destructrices.
Chaque inondation rappelle une vérité simple : la rivière cherche toujours à retrouver son lit naturel…Aujourd’hui, collectivités et syndicats de rivière surveillent l’Essonne et travaillent à limiter les risques par l’entretien des berges, la restauration des zones humides, la préservation des zones inondables et les systèmes d’alerte.
Car l’Essonne reste une rivière vivante : discrète, fondatrice, mais jamais totalement domestiquée….