CHRONIQUE 3
Mémoire d'Outre-Juine.
CHRONIQUES


C’est indéniablement un cours d’eau discret mais essentiel du Sud-Essonne. Affluent de la rivière Essonne qu’elle rejoint entre Itteville et Ballancourt après avoir pris sa source dans le Bois de la Muette à Autruy sur Juine (Loiret), la Juine, longue de 52 kilomètres façonne en profondeur les paysages et l’histoire locale….
Alimentée par la nappe phréatique de la Beauce, elle possède un débit très régulier toute l’année ainsi qu’un régime peu dépendant des pluies immédiates. Ses affluents (la Chalouette, la Louette ou encore l’Eclimont) structurent tout un réseau hydrographique de près de 200 kilomètres.
Deux vallées : haute et basse vallée. 18 communes la traverse. Les moulins réputés
Mais la Juine n’est pas qu’un paysage, c’est également une rivière économique et historique… Dès le Moyen-âge, elle alimente de nombreux moulins et devient une voie commerciale.
Au XVIIème siècle, elle sera même aménagée pour la navigation entre Etampes et Corbeil : des bateaux à fond plat transportent le blé de Beauce vers Paris, via Corbeil « Le grenier de la Capitale ».
Aujourd’hui, encore la Juine reste un support économique certes discret mais réel, rappelons que la culture du Cresson (dont l’Essonne est le premier producteur français) reste très vivace dans les zones humides autour de Méréville.
Les cressonnières, typiques de la vallée, sont directement dépendantes de la qualité et de la constance de l’eau.
N’oublions pas non plus l’existence de la pisciculture, même si elle connait un certain déclin.
Mais la rivière Juine peut s’enorgueillir d’avoir son « gardien » : le Syndicat mixte pour l’Aménagement et l’Entretien de la Rivière Juine et de ses affluents (SIARJA). Créé en 1959, il a pour mission d’entretenir les berges, d’assurer la prévention des crues et des sécheresses, d’encourager la restauration écologique ou encore de procéder au suivi du débit, appuyé par l’existence de station à Etampes, Saclas ou Bouray.
Dans un contexte de changement climatique, cet affluent de l’Essonne est régulièrement surveillé, notamment lors des épisodes (de plus en plus fréquents) de sècheresse…Naguère, pour se rafraîchir on y pratiquait la baignade, notamment à Janville et Lardy depuis les années 30. On y avait même installé des plongeoirs et on organisait parfois des compétitions.
La rivière abrite une biodiversité liée à la qualité de son eau, on y trouve des catégories de poissons variés tels les brochets, perches, anguille ou truite ainsi que des zones humides remarquables, notamment dans le marais d’Itteville.
Jadis, les écrevisses étaient abondantes mais leur nombre a fortement décliné comme d’ailleurs partout en France, étant concurrencées par des espèces invasives et sensibles à la pollution…
De nombreux lavoirs ont été construits au cours des siècles précédents le long de la rivière constituant aujourd’hui la mémoire vivante des villages, témoin d’un monde disparu. Plutôt discrets, souvent restaurés bien que parfois oubliés, il raconte indéniablement une histoire autant sociale qu’hydraulique…
A Méréville, Etampes, Etréchy, Itteville, Janville ou Lardy, ils sont reconnaissables avec leurs toitures basses en tuile ou en bois, bâtis avec de la pierre locale, dotés de planchers pour frotter le linge. Ils constituèrent en leur temps et avant l’arrivée de l’eau courante, des centres sociaux féminins ou y venait pour laver le linge, échanger des nouvelles et même parfois y régler des comptes.
Le début des années 50 marqueront leur inexorable déclin. Toutefois, les années 80 et celles qui suivront seront celles de leur restauration patrimoine et de la mise en valeur touristique afin d’éviter de se transformer en lieu ruiné et en friche…
La Juine a réussi a attirer l’attention de certains peintres dès le 19ème siècle mais également des écrivains contemporains, citons bien sûr, Jean-Louis Bory (1919-79), l’enfant de Méréville, Prix Goncourt 1945 pour « Mon village à l’heure allemande » qui possédait une maison camouflée sur les bords de la Juine, surnommée « La Calife » où il aimait se ressourcer et y écrire, loin du tumulte parisien, lieu de son activité de critique cinématographique. En somme, un « bout de France profonde » où le temps s’est arrêté et ou lui-même décidera de mettre fin à ses jours…
On dit que la Juine est finalement une rivière modeste, comparée à son affluent l’Essonne ou bien sûr la Seine mais elle constitue néanmoins une colonne vertébrale écologique du sud-Essonne, dépositaire en outre d’un héritage historique riche lié au commerce et aux moulins…