CHRONIQUE 26
Mon village à l'heure Essonnienne...
Vu de l’extérieur, lorsqu’on évoque l'Essonne, les images qui viennent spontanément à l'esprit sont souvent celles d'Évry-Courcouronnes, de Massy, du plateau de Saclay, de ses laboratoires, de ses universités ou de ses grands axes de circulation, en somme un département fortement urbanisé aux portes de Paris….
Pourtant, le véritable visage du département se découvre souvent ailleurs, au détour d'une petite route bordée de haies, derrière le clocher d'une église ou au cœur d'une place où quelques habitants prennent encore le temps d'échanger quelques mots. L'Essonne demeure avant tout une terre de villages.
Contrairement aux idées reçues, il n'existe aucune définition juridique. Toutes les collectivités françaises sont des communes. Les géographes situent généralement le village entre quelques dizaines et deux ou trois mille habitants, mais la réalité est plus complexe. Ce qui fait un village, ce n'est pas seulement sa population ; c'est l'existence d'un cœur vivant, d'une mémoire commune et d'un paysage partagé.
On y connaît encore son boulanger, les enseignants de l'école, le président de l'association locale ou le maire. On s'y retrouve au marché, à la fête patronale, à la brocante, aux cérémonies du 11 Novembre, pour célébrer la mémoire des enfants de ces villages morts pour la France.Les anciens racontent encore les moissons d'autrefois, les cafés aujourd'hui disparus, les grandes inondations, les vendanges ou les personnages qui ont marqué la commune.
Pendant des siècles, les villages essonniens ont vécu au rythme de l'agriculture. Puis vint l'exode rural. Les jeunes partirent travailler à Paris, dans les usines de Corbeil ou dans les nouvelles zones industrielles. Les commerces fermèrent progressivement, certaines écoles perdirent leurs élèves et beaucoup de communes semblèrent condamnées à un lent déclin.
Depuis près d'un demi-siècle, le mouvement s'est inversé. L'Essonne est devenue l'une des principales terres des rurbains, ces citadins d’origine qui aspirent à vivre au grand air…Chaque matin, des milliers d'habitants rejoignent Massy, le plateau de Saclay, Évry-Courcouronnes ou Paris avant de retrouver, le soir, le calme d'un village, d'un jardin ou d'une vallée. Cette nouvelle population a redonné vie à de nombreuses communes.
Les écoles ont retrouvé des effectifs, les associations se sont développées et les équipements publics se sont modernisés. Mais cette renaissance n'est pas sans paradoxes. Certains villages ont vu leur population doubler sans retrouver la vie locale qui faisait autrefois leur richesse. À Villeconin ou à Auvers Saint Georges ou Chauffour les Etréchy, les habitants sont plus nombreux qu'il y a cinquante ans, mais le café, l'épicerie ou la boulangerie ont disparu.
À l'inverse, d'autres communes ont connu une croissance spectaculaire. Saint-Pierre-du-Perray est passée en quelques décennies du statut de village agricole à celui de véritable ville, portée par le développement de Sénart. D'autres encore, comme Bondoufle, Lisses, Courcouronnes intégrés à la Ville nouvelle d’Evry ou Le Plessis-Pâté aux portes de la ZI de la Croix Blanche, ont profondément changé de visage sous l'effet de l'urbanisation.
Les anciens se souviennent pourtant des champs de blé, des fermes isolées et des chemins ruraux qui occupaient ces paysages il y a seulement quelques décennies. Saint-Aubin et Villiers-le-Bâcle, eux, ont dû trouver un équilibre entre leur identité villageoise et l'essor du plateau de Saclay.
À l'opposé, le sud de l'Essonne semble parfois avoir conservé un autre rythme. Les villages de Beauce, du Hurepoix et du Gâtinais – Chauffour-lès-Étréchy, Authon-la-Plaine, Monnerville, Guillerval, Boutervilliers, Champmotteux, Valpuiseaux, Orveau, Boigneville, Gironville-sur-Essonne, Prunay-sur-Essonne ou Mérobert donnent souvent l'impression d'avoir échappé à la course du temps.
Les grandes fermes beauceronnes, les maisons de pierre, les porches monumentaux, les lavoirs, les croix de chemin, les moulins et les petites places ombragées racontent silencieusement plusieurs siècles d'histoire.
Ces vieilles pierres ne sont pas de simples monuments. Elles parlent à ceux qui prennent le temps de les écouter. Elles racontent les moissons, les foires, les processions, les mariages, les départs à la guerre, les hivers rigoureux, les récoltes abondantes et les générations de paysans, d'artisans et d'instituteurs qui ont façonné ces paysages.
Parmi ces villages, Janvry occupe au cœur du Pays de Limours, une place singulière. Avec seulement quelques centaines d'habitants, il est devenu l'un des symboles d'une ruralité dynamique. Son marché de Noël, son fleurissement, ses animations et la volonté constante de préserver son identité démontrent qu'un village peut rayonner bien au-delà de sa taille lorsqu'il s'appuie sur un projet collectif et sur l'engagement de ses habitants.
Les maires des villages sont aujourd'hui les gardiens de cet équilibre fragile. Ils doivent accueillir de nouveaux habitants sans sacrifier les paysages, construire quelques logements pour maintenir les écoles sans multiplier les lotissements, préserver les terres agricoles, protéger le patrimoine, soutenir les associations et maintenir les commerces lorsqu'ils existent encore. Gouverner un village est devenu un exercice d'équilibre permanent entre développement et préservation.
L'appartenance à une intercommunalité n'efface d'ailleurs pas cette identité. Les communes mutualisent les transports, l'assainissement, le développement économique ou la gestion des déchets, mais chacune conserve son histoire, son clocher, ses traditions et sa personnalité.
Au fond, un village ne se définit ni par un chiffre ni par une limite administrative. Il se reconnaît à la force des liens qui unissent ses habitants, à la mémoire de ses paysages, à ses hameaux, à ses lieux-dits, à ses chemins, à ses arbres remarquables, à ses lavoirs, à ses fermes et à ces mille détails qui composent une identité.
C'est sans doute là le plus beau visage de l'Essonne. Un département capable de réunir les laboratoires les plus innovants d'Europe, des villes dynamiques, des bourgs-centres vivants et une multitude de villages où l'on cultive encore le goût des rencontres, du patrimoine et des paysages.
Lorsque le soir descend sur les plaines de Beauce, que les vallées de la Juine, de l'Essonne ou de l'École se couvrent d'une légère brume, que les clochers se découpent dans la lumière dorée et que les hirondelles tournent une dernière fois autour des vieilles toitures, on comprend que les villages ne sont pas des vestiges d'un monde disparu.
Ils sont des passeurs de mémoire. Ils nous rappellent que l'avenir ne se construit jamais contre les racines, mais grâce à elles.
Comme les arbres centenaires qui puisent leur force dans la profondeur de la terre pour mieux s'élancer vers le ciel, les villages essonniens continuent d'avancer, fidèles à leur histoire et ouverts aux générations qui écriront demain la suite de leur belle aventure.





