CHRONIQUE 2
MILLY LA FORET Un goût de menthe poivrée au pays du Cresson
CHRONIQUES
6/27/20265 min read


Nous sommes au cœur du Parc régional du Gâtinais Français, là où les champs s’ouvrent soudain sur les bois et les rochers qui annoncent la forêt de Fontainebleau, c’est là que se niche le village de Milly-la-Forêt, dont on aperçoit au loin le clocher de son église Notre Dame de l’Assomption qui veille depuis des siècles sur cette petite cité paisible…
Situé à 55 kilomètres au sud-est de la Capitale Milly la Forêt est depuis longtemps un lieu de villégiature prisé, un refuge pour artistes, promeneurs et amoureux de nature…..
4 200 âmes habitent ce gros bourg qui se niche avec coquetterie dans la verdoyante vallée de l’École, cette petite rivière de 27 kilomètres de long qui arrose le territoire communal, se frayant un passage serpenté entre prés, jardins et sous-bois et qui prend sa source près du Vaudoué pour de jeter ensuite dans la Seine à St Fargeau-Ponthierry, deux communes situées dans la Seine et Marne voisine…
Parfois, des touristes sont persuadés que Milly la Forêt est également située dans le plus vaste département francilien mais il n’en est rien : bien que limitrophe, la commune est bien intégrée dans la partie sud-est de l’Essonne, dont elle fut un des chefs-lieux de canton entre 1967 et 2015, avant d’être rattaché à celui de Mennecy et d’appartenir à l’arrondissement d’Evry-Courcouronnes….
Distante de 30 kilomètres du Chef-lieu du département, elle demeure un lieu prisé le week-end par les Parisiens et les banlieusards, sorte d’Eldorado du dimanche, au cœur de cette région encore très agricole du Gâtinais Français.
La nature environnante est en effet l’un des grands attraits de Milly. Les chaos rocheux et les sentiers de la forêt qui n’est autre qu’un prolongement de celle de Fontainebleau offrent un terrain idéal pour la marche, l’escalade ou les parcours d’aventure dans les arbres, tels ceux des parcs d’accrobranches installés à proximité. Ici, la forêt est une présence constante, un horizon de pins, de sables et de lumière
Ce paysage calme, presque secret, a séduit bien des créateurs. Parmi eux, le poète et cinéaste Jean Cocteau, qui y trouva l’inspiration et dont la maison, aujourd’hui devenue le Maison de Jean Cocteau, conserve le souvenir.
Cette dernière est située rue du Lau, une ancienne dépendance du Château de la Bonde et c’est là que le génial artiste s’installa en 1947 et qui mourra en 1963, entretenant durant toute cette période un lieu fort avec Milly et qui perdure encore aujourd’hui.
Peu avant sa mort, Cocteau réalisa un de ses derniers projets : la décoration de Saint-Blaise-des-Simples. Une petite chapelle médiévale liée à l’ancienne culture des plantes médicinales (« les simples ») de Milly, dont il peint les fresques murales entre 1959 et 1960.
Le décor est sobre, très poétique, avec des lignes simples et des figures stylisées. L’artiste repose dans cette chapelle. Sur sa tombe est gravée la phrase
« Je reste avec vous. »
Christian Dior, le célèbre couturier, ami de Cocteau, fut également un Milliacois d’adoption, y résidant une dizaine d’années jusqu’à sa mort prématurée en 1957. Il résidait au Moulin du Coudret et s’impliqua également beaucoup dans la vie de la commune. Il en profita au passage pour « relooker » le curé de Milly, trouvant que celui était bien mal habillé !
Non loin de là, sur la route de Boutigny sur Essonne, s’élève une œuvre aussi mystérieuse qu’impressionnante : Le Cyclop, gigantesque sculpture de métal dissimulée dans les arbres, conçue notamment par l’artiste Jean Tinguely avec la complicité de sa femme, Niki de Saint-Phalle.
Cette tête monumentale, mi-machine mi-totem, surgit comme un secret au cœur de la forêt de Fontainebleau, territoire mythique des randonneurs, grimpeurs et peintres paysagistes.
Plus récemment, le Conservatoire National des Plantes à Parfum, Médicinales, Aromatiques et Industrielles a vu le jour en 1987.. Situé sur la route de Nemours, C’est un lieu unique en France consacré aux plantes médicinales, aromatiques et à parfum.
Il a pour mission de faire connaitre les plantes utiles, aussi bien médicales que textiles. C’est également un lieu de recherche agronomique et musée pédagogique, confirmant que ce jardin botanique est un lieu vraiment unique qui ravit les visiteurs…
Au cœur de la petite cité est située la place du marché, sous la remarquable Halle, imposant édifice en bois datant du XVe siècle. Sa charpente massive, l’une des plus vastes d’Île-de-France, témoigne de l’importance commerciale du bourg à la fin du Moyen Âge, lieu de passage prisé sur la route de Paris à Lyon.
L’ancien chef-lieu de canton fut longtemps un petit centre actif du Gâtinais français., le village vivait ainsi de ses marchés et de ses cultures spécialisées. La plus célèbre demeure la Menthe poivrée, dont la culture et la distillation ont fait la réputation locale bien qu’aujourd’hui, ne subsiste plus qu’un seul producteur…Les herboristes et producteurs de plantes médicinales ont longtemps façonné l’identité agricole de la région.
Autrefois encore, une petite ligne ferroviaire reliait les campagnes environnantes : la ligne reliant Étampes à Corbeil qui desservait Milly et qui permettait aux autochtones de rejoindre ses deux sous-préfectures de Seine et Oise, à une époque où l’automobile n’était que balbutiante….
Aujourd’hui, il faut se rendre dans la commune voisine de Maisse, distante de six kilomètres pour regagner la Capitale, étant une des stations de la ligne D du RER, sur l’ancien tracé de la ligne Corbeil-Malesherbes.
Et c’est peut-être cela, le charme de Milly : un lieu où la campagne francilienne garde encore un parfum de retraite secrète, à la frontière du rêve et de la mémoire.
Il est bon de rappeler que les trois quarts du territoire communal sont encore composés d’espace naturels et agricoles. Ainsi, à quelques kilomètres du centre-ville, sur le plateau balayé par les vents, se dresse une pierre solitaire qui intrigue depuis des siècles : le Menhir du Paly.
On y accède depuis un chemin caillouteux, situé non loin de la Chapelle de Bonnevaux. L’édifice est discret et moins connu que d’autres monuments préhistoriques, ce bloc de pierre vertical appartient pourtant à la grande tradition mégalithique européenne.
Le menhir est une pierre dressée par les populations du Néolithique, probablement entre 4000 et 2500 avant notre ère. Comme beaucoup de monuments de ce type, celui du Paly fut taillé sommairement puis redressé dans le sol. Les archéologues pensent qu’il pouvait marquer un lieu sacré, un repère territorial ou un point d’observation lié au cycle solaire.
Cependant, contrairement aux grands ensembles mégalithiques comme ceux de Carnac, le menhir du Paly est isolé. Cette solitude contribue largement à son aura de mystère.
Aujourd’hui, le menhir du Paly demeure surtout un témoin très ancien de l’occupation humaine dans la vallée, bien avant l’histoire de Milly-la-Forêt ou des villages voisins. Dans ce paysage de sable et de grès, façonné par le temps et la forêt, il rappelle que ces terres étaient déjà habitées et probablement ritualisées il y a plusieurs millénaires.
Et c’est peut-être pour cela que l’on revient toujours à Milly afin de mieux percer ses nombreux mystères….