CHRONIQUE 15

HEUREUX QUI COMME LES ULIS...

La ville des Ulis nait officiellement le 17 février 1977, devenant alors la 197-ème commune de l’Essonne. Mais son histoire commence bien avant, dans le grand élan d’aménagement des années 1960, lorsque l’État cherche à maîtriser l’expansion de la région parisienne.

Sur ce plateau du nord-ouest du Hurepoix, entre Orsay et Bures-sur-Yvette, il n’y avait alors que des terres agricoles, quelques fermes, des chemins battus par le vent et l’horizon ouvert vers la vallée de Chevreuse.

Puis le paysage a changé brutalement. Le développement scientifique d’Orsay-Saclay, engagé avec le CEA à Saclay en 1952 puis le campus d’Orsay à partir de 1956, a transformé sensiblement cette partie agreste si proche de la Capitale. A l’époque, autour des laboratoires, des universités et bientôt de Courtabœuf, il fallait des routes, des logements, des équipements et surtout une ville.

La commune des Ulis voit le jour en s’émancipant d’Orsay et de Bures-sur-Yvette mais contrairement à Massy ou à Évry, la commune ne prolonge pas un vieux bourg : elle surgit ainsi entièrement du plan des urbanistes. Son nom, venu d’un ancien lieu-dit, garde pourtant la mémoire du paysage disparu, peut-être celle de l’orme ou du houx, des arbres d’avant le béton.

La ville incarne pleinement l’urbanisme des années 1970 : séparation des voitures et des piétons, larges avenues, espaces verts, quartiers organisés autour des écoles, des commerces et des équipements publics.

On voulait bâtir une cité autonome, rationnelle, moderne, agréable à vivre. Les logements sortent de terre, les familles arrivent, les classes moyennes côtoient l’immigration de travail, et la population augmente rapidement, passant de 0 âme en1968 jusqu’à faire des Ulis une ville d’environ 25 000 habitants dès la fin des années 70.

Paradoxe essonnien : cette ville née du progrès reste sans gare directe. Le RER B passe dans la vallée, à Orsay ou Bures, tandis que la RN118, le Ring des Ulis et les grands échangeurs imposent la voiture comme horizon quotidien.

À quelques centaines de mètres des pôles scientifiques les plus avancés d’Europe, d’une vaste pépinière d’entreprises High Tech, certains habitants ont parfois eu le sentiment d’être tenus à distance du futur qui brillait autour d’eux.

Le centre commercial Ulis 2 symbolisa longtemps cette modernité triomphante. Avant qu’Évry 2 ne s’impose au sud francilien, il attirait les familles venues d’une grande partie du département. Galeries couvertes, néons, escalators, parkings immenses : la ville neuve prenait alors des allures de cité américaine posée au bord des champs.

Le premier maire, Paul Loridant, joue un rôle essentiel dans l’organisation municipale, l’identité Ulissienne, les équipements publics, la vie associative et la reconnaissance politique de cette jeune commune.

Peu à peu, Les Ulis cessent d’être seulement une opération d’urbanisme pour devenir une ville véritable, avec ses solidarités, ses blessures, ses fiertés et sa mémoire.

Cette mémoire s’est aussi écrit sur les terrains de sport. Les Ulis sont devenus une pépinière exceptionnelle de talents, notamment dans le football, avec Thierry Henry, Patrice Evra, Anthony Martial, Wissam Ben Yedder ou encore Yacine Brahimi.

La ville a également nourri une forte culture urbaine, associée au rap, à la danse, aux expressions populaires,.

Comme beaucoup de villes nouvelles, Les Ulis a connu les difficultés sociales, le chômage, le vieillissement du bâti, les critiques médiatiques et les inquiétudes liées à la sécurité.

Mais réduire la ville à ces fragilités serait injuste. Les Ulis possèdent une vie associative dense, une population jeune, une culture populaire vivante, de nombreux espaces verts et une énergie singulière.

Car la ville reste étonnamment verte. Autour d’elle subsistent les bois, les champs, les vallées, les chemins du Hurepoix et les jardins de Saint-Jean de Beauregard.

Entre les tours, les allées piétonnes et les arbres devenus grands, la nature n’a jamais complètement disparu. Elle accompagne le béton, l’adoucit parfois, lui donne une respiration.

Aujourd’hui, Les Ulis cherchent un nouvel équilibre : rénovation urbaine, transition écologique, modernisation des quartiers, amélioration des transports et intégration au vaste ensemble Paris-Saclay.

La ville demeure l’un des symboles les plus forts de l’Essonne contemporaine : à la fois héritière des Trente Glorieuses, laboratoire social, territoire populaire, ville scientifique par voisinage et cité humaine par nécessité.

Les Ulis n’est pas vraiment une vieille ville de clocher, de halle médiévale ou de place royale ni monument aux morts.. Elle est née des grues, des plans d’architectes, des parkings, des échangeurs et des rêves technocratiques des années Pompidou.

Mais le temps a fait son œuvre.

Entre les tours, les terrains de football, les centres commerciaux, les écoles, les laboratoires voisins et les bois du Hurepoix, une génération a grandi, aimé, travaillé, chanté, joué au ballon et inventé sa propre mémoire.

Les Ulis est une sorte d’Ode du futur. Elle porte d’ailleurs encore les promesses et les blessures de ce futur. Mais peu à peu, sous le béton, les arbres et les lumières du plateau, cette ville jeune, populaire, métissée, fragile et vivante s’échigne à se trouver une âme.

Heureux qui comme Les Ulis a fait un long voyage : celui qui mène d’un champ battu par le vent à une ville devenue mémoire.