CHRONIQUE 13
LA VIE DE CHATEAU
L’Essonne est souvent perçue comme un département de villes nouvelles, d’autoroutes, de zones d’activités et de laboratoires de recherche. Pourtant, derrière cette image contemporaine se cache un patrimoine exceptionnel : celui de ses châteaux.
Avec plus d'une centaine de châteaux, manoirs, maisons fortes et domaines historiques, l’Essonne figure parmi les territoires les plus riches d’Île-de-France en patrimoine aristocratique. Cette concentration remarquable raconte à elle seule près de mille ans d’histoire française.
Les plus anciens témoignages remontent au Moyen Âge. Les forteresses royales de Dourdan, de Montlhéry ou d’Etampes rappellent l’époque où le territoire constituait un verrou stratégique au sud de Paris. Ces places fortes surveillaient routes commerciales, vallées et frontières du domaine royal.
À partir de la Renaissance et surtout aux XVIIe et XVIIIe siècles, les châteaux deviennent des résidences de prestige. Les seigneurs, les magistrats et les financiers du royaume façonnent alors des domaines dont plusieurs demeurent aujourd’hui parmi les plus beaux d’Île-de-France : Château de Courances, Château de Chamarande, Château de Courson, Château du Marais, Château de Saint-Jean-de-Beauregard ou encore celui de Villeconin.
Le XVIIIe siècle voit également naître l’un des chefs-d’œuvre du paysage européen avec le domaine de Domaine départemental de Méréville, son parc demeure l’un des plus remarquables témoignages de l’art des jardins pittoresques.
Le XIXe siècle apporte une nouvelle génération de propriétaires. Industriels, financiers et entrepreneurs remplacent progressivement l’ancienne aristocratie.
Les domaines deviennent les résidences des notables de la révolution industrielle, attirés par la proximité de Paris et la qualité des paysages essonniens. On se souvient des Darblay à Saint Germain les Corbeil, de Decauville ou Pastré à Evry Petit Bourg, de Dubonnet à Saintry sur Seine ou encore Bartissol à Fleury-Mérogis.
Mais le XXe siècle bouleverse profondément cet héritage. Les voies ferrées, les routes, les autoroutes, l’urbanisation et la création de la ville nouvelle d’Évry entraînent la disparition de plusieurs domaines prestigieux.
On ignore souvent que l’actuelle préfecture de l’Essonne fut jadis un lieu de villégiature apprécié et qu’elle n’abritait pas moins de sept châteaux, dont celui de Petit Bourg, un des plus majestueux d’Ile de France, propriété du Duc d’Antin ou du richissime Banquier Aguado.
Malheureusement, il sera incendié par les Allemands en 1944 et sera démoli pour être remplacé bien plus tard par la fameuse barre d’immeuble surnommée le « Building » !
D’autres non détruits trouvent une nouvelle vocation. Certains deviennent des établissements scolaires, comme à Montgeron ou Savigny-sur-Orge qui abritèrent d’ailleurs les deux premiers lycées du sud Francilien au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.
Nainville les Roches a très longtemps abrité l’Ecole Nationale Supérieure des Officiers Sapeurs-Pompiers, Frémigny à Bouray sur Juine dispense des formations pour une grande compagnie d’Assurances, Bierville à Boissy la Rivière, ancienne propriété de Marc Sangnier a été légué à un grand syndicat réformiste.
Chamarande abrite les archives départementales, devenant le gardien de cette mémoire essonnienne. Farcheville (Bouville), à l’origine Forteresse de plaine est à présent dédié à l’organisation de séminaires, tandis que d’autres optent pour le Golf, à l’instar de Belesbat, à Boutigny sur Essonne, etc….
Avec le développement du plateau de Saclay et des grands centres scientifiques, plusieurs anciennes demeures ont également été intégrées à des campus, des établissements d’enseignement ou des organismes de recherche., à l’image du château de Corbeville à Orsay.
Ainsi, les vieilles demeures continuent d’accompagner l’évolution du département sans perdre totalement leur rôle dans le paysage. Saint-Jean de Beauregard et son « jardin remarquable » ou Le Marais, au Val Saint Germain continuent d’imprimer la marque d’un passé prestigieux au cœur du XXIème siècle.
On n’oublie pas bien sûr le Château de Méréville qui est souvent considéré comme l'un des plus remarquables domaines historiques de l'Essonne.
Situé dans la vallée de la Juine, au sud du département, il est surtout célèbre pour son immense parc paysager de style anglo-chinois, l'un des plus beaux de France à la fin du XVIIIᵉ siècle.
À l'origine, le site était un manoir fortifié médiéval. En 1784, il est acheté par Jean-Joseph de Laborde, l'un des hommes les plus riches du royaume. Il entreprend alors de créer un domaine exceptionnel avec l'architecte François-Joseph Bélanger et le peintre-paysagiste Hubert Robert.
Le parc est alors agrémenté de nombreuses « fabriques » : grottes, ponts, temples, colonne rostrale, cénotaphe de Cook, laiterie et autres monuments pittoresques destinés à surprendre le visiteur.
La Révolution française met brutalement fin à cette aventure. Jean-Joseph de Laborde est guillotiné en 1794. Le domaine change ensuite plusieurs fois de propriétaire et perd progressivement une partie de ses trésors, certaines fabriques étant même démontées et transportées au Château de Jeurre, près d’Etréchy.
Après une longue période de déclin, le domaine est acquis par le Conseil départemental de l'Essonne en 2000. Depuis, d'importantes campagnes de restauration ont permis de redonner vie à ce site exceptionnel, classé au titre des Monuments historiques et labellisé « Jardin remarquable
Au-delà de leur architecture, les châteaux essonniens racontent surtout l’histoire d’un territoire. Ils témoignent des ambitions des rois, du pouvoir des seigneurs, de la réussite des financiers, de l’essor industriel et des transformations de la société moderne. Chaque époque y a laissé son empreinte. C’est la vie de château, pourvu que ça dure !